Onychophagie

L’onychophagie est l’acte de se ronger les ongles, en général des mains, et parfois des pieds. Elle est décrite pour la première fois en 1908 dans un article du médecin et psychiatre français Edgar Berillon (Berillon E & Psysiol R.H.P (1908). L’onychophagie est-elle un signe de dégénérescence. Ren. hypnot. psjichol. physiol, 23, 27).

L’onychophagie est un CRCC , tout d’abord classé dans « Trouble du Contrôle des Impulsions » dans le DSM-IV puis dans « TOC et apparentés » dans la partie « Autre trouble obsessionnel-compulsif ou apparenté spécifié » et « Comportements Répétitifs Centrés sur le Corps ». dans le DSM-5. Il est classé dans « Autres troubles précisés du comportement et troubles émotionnels apparaissant habituellement durant l’enfance et l’adolescence » dans la CIM-10.

 

DESCRIPTION

Dans son expression instinctive et minimale, l’onychophagie correspond à l’utilité de régulariser l’extrémité des ongles qui ne cessent de pousser tout au long de la vie.  Chez certaines personnes, cette activité « hygiénique » devient exagérée, compulsive,non maîtrisable. Elle aboutit alors à la détérioration plus ou moins grave de l’extrémité des doigts ainsi que de l’éponychium. (cuticule de peau à la base de l’ongle). Il s’agit d’un acte répondant à une très forte anxiété,  pouvant être associé à d’autres CRCC : mordillement compulsif des lèvres, dermatillomanie ou trichotillomanie.

 

CAUSES

L’onychophagie trouve généralement sa source dans la petite enfance. Les très jeunes enfants ont en effet tendance à utiliser les lèvres, aux tissus nerveux plus denses, pour toucher le monde qui les entoure. Cela s’exacerbe au moment de la poussée des dents avec les premières douleurs. Les doigts sont constamment et immédiatement à portée de la bouche et la pratique s’adopte presque naturellement. Les mécanismes psychologiques sont encore mal connus. Arrivé à l’âge adulte, il arrive très régulièrement que l’onychophagie persiste. Les causes peuvent être nombreuses et ne sont pas mutuellement exclusives. Cela peut être une réaction à l’anxiété (qui peut également déclencher des troubles du sommeil), à un traumatisme, à manque de confiance en soi ou plus simplement à l’ennui ou à la faim. Ronger ses ongles peut sembler être une pratique anodine, toutefois, elle peut conduire à des effets très négatifs. Plus important encore, cette habitude peut dégénérer, parfois même jusqu’à des formes de mutilation.

CONSEQUENCES

  • Dégradation esthétique : des ongles en mauvais état. Cela contribue à dégrader l’image et peut affecter la confiance en soi. Les symptômes physiques de l’onychophagie sont plutôt mal vus en société.
  • Déformation permanente de l’ongle : à force de subir des contraintes mécaniques pour lesquelles il n’a pas été prévu biologiquement, l’ongle s’installe dans un état d’inflammation chronique. Plus l’habitude est marquée, plus l’ongle va rencontrer des conditions de repousse interrompue. Dans les cas prolongés, la structure profonde de l’ongle finit par être endommagée et l’ongle peut se déformer de façon permanente. L’ongle déformé va ensuite devenir douloureux, ce qui peut inciter à le mordre plus souvent et créer un cercle vicieux.
  • Risque hygiénique : comme pour n’importe quel geste machinal, porter ses mains à la bouche se fait presque systématiquement sans réfléchir. Ce qui signifie que dans l’essentiel des cas, ce sont des mains sales qui finissent en contact avec les muqueuses buccales. L’onychophagie est ainsi un véritable accès aux bactéries.

L’onychophagie peut aussi être responsable de pathologie « mécanique» ou microtraumatique de l’ongle » et :

  • d’onychomycose (infection de l’ongle par un champignon microscopique)
  • de paronychies (ou périonyxis, est une inflammation des tissus péri-unguéaux, replis sus-unguéal et/ou latéraux)
  • de mélanonychies (pigmentation noire ou brune de la plaque de l’ongle normale)
  • de possibles répercussions dentaires, quand en se rongeant compulsivement les ongles, les dents connaissent d’incessantes petites lésions, éventuellement aggravée par un bruxisme, ce pourquoi cette pathologie est parfois mise en lien avec certaines « dysfonctions cranio-mandibulaires »
  • des intoxications chroniques, par exemple chez des utilisateurs de pesticides

Selon Rabarin & al (2017), c’est la première cause d’infections aiguës du complexe pulpo-unguéal (IACPU, infections les plus fréquentes de la main).

PRISE EN CHARGE THERAPEUTIQUE

Le traitement se base généralement sur l’âge de l’individu. L’objectif de la thérapie est d’abandonner ce comportement et de soulager la détresse qui peut y être associée, ou qui peut pousser la personne à faire ce geste, de façon plus ou moins consciente. Dans un premier temps, la thérapie aidera donc le patient à prendre conscience et à vivre avec son onychophagie. Comme tout trouble mental, l’onychophagie est associée à beaucoup d’émotions, d’angoisses, et changer un tel comportement est un processus, qui demande souvent beaucoup d’efforts et de volonté. Même si les études manquent, il est désormais prouvé que la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est le traitement le plus efficace. Cette thérapie propose une approche personnalisée, consistant à se défaire des mauvaises habitudes en modifiant progressivement ses pensées, ses comportements, ses « réflexes » malsains. Parmi les techniques couramment utilisées en TCC, la technique de « renversement d’une habitude ». Cela peut notamment consister à effectuer un geste dès que le besoin de se ronger les ongles survient (exemple : serrer le poing, baisser la main et la garder « collée » au corps pour l’empêcher d’atteindre la bouche, tout en respirant profondément…). En réalité, certaines théories s’accordent pour considérer que l’onychophagie présente plusieurs critères d’une addiction comportementale (persistance du comportement malgré les conséquences psychologiques et sociales, plaisir lié à se ronger les ongles, existence de craving, pensées anticipatoires, soulageantes et permissives autour de l’arrachage…) et la thérapie pourrait également aller dans ce sens thérapeutique. Les CRCC étant bien à la fois : impulsifs, compulsifs et addictifs.

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