Comment la famille, les amis et l’entourage peuvent-ils aider ?

En comprenant que la personne subit sont trouble (c’est un trouble impulsif) et non qu’elle souhaite le faire. Au contraire, elle fait tout pour l’arrêter (recherche permanente des nouvelles crèmes cicatrisantes sur le marché, stratégies diverses pour arrêter, isolement, essai de thérapies multiples et variées, recherche de témoignages sur internet…). Son seul souhait est d’avoir une belle peau (d’où l’existence du TOC) et le seul résultat est une peau encore plus abîmée. Chaque crise a pour but inconscient de se purifier et donc d’améliorer l’état de la peau en profondeur, malheureusement il n’y a pas de bonne technique pour toucher sa peau, la seule et unique manière est de ne pas la toucher du tout. Même si « le dermatillomane » l’a compris, ses crises impulsives le font replonger, encore et encore, dans ce geste purificateur, incontrôlé et destructeur. C’est le même principe pour toutes les névroses en psychologie : le déprimé voudrait avoir plus de volonté, le boulimique voudrait ne pas se faire vomir, le phobique voudrait pouvoir rentrer dans un avion, le dépendant affectif voudrait être autonome… Il faut comprendre que chaque névrose a un but bien précis et soulage en réalité le névrosé d’un danger encore plus grand (prendre du poids, mourir dans un avion, affronter la solitude…), c’est ce qu’on appelle le « symptôme utilitaire ». Mais c’est inconscient. Dans le cas de la dermatillomanie, le but est de ne pas être sale (principalement, mais il y en a d’autres : être beau, soulager ses tensions internes, procrastiner, s’auto-saboter, ne pas s’aimer, gâcher sa féminité, exprimer sa colère, ne plus réfléchir pendant un moment, repousser le sexe opposé…). On constate que les autres CRCC sont également mal connus, et que peu de professionnels savent les traiter, comme la trichotillomanie (s’arracher les cheveux, cils, sourcils) (spécialiste en France : Dr Seznec) ou l’oncopahgie/onychotillomanie (se ronger les ongles ou la peau des ongles). Ce n’est donc pas étonnant que la dermatillomanie soit encore peu traitée. Le Centre Dermatillomanie France a été créé en 2009, par Alexandra Rivière-Lecart, une psychologue clinicienne qui a découvert ce trouble grâce à une patiente. Puis elle a formé une équipe et à ce jour, 6 spécialistes sont formés en France, dont une antenne à Toulouse. La fondatrice espère créer d’autres antennes partout en France afin que tout le monde puisse bénéficier d’un traitement, si d’autres psychologues viennent à la formation (sur 2 jours à Paris).  Elle a créé Skin-Picking Europe avec l’ouverture d’un cabinet à Bruxelles en Belgique en 2013, mais le praticien à fermé son cabinet.

Pour aider les personnes qui souffrent de dermatillomanie, il faut principalement les laisser faire. Leur faire remarquer qu’ils ont des marques, de nouvelles cicatrices ou qu’ils ont encore cédé à une crise, ne fait qu’accentuer les grattages. La dermatillomanie étant basée sur le fait de se sentir moche (à l’extérieur mais aussi à l’intérieur), leur faire remarquer qu’ils ont encore échoué dans le contrôle de soi-même ne fera qu’accentuer la colère contre eux, la culpabilité et la honte (les 5 émotions principales du TOC de dermatillomanie : honte, colère, culpabilité, rejet, dégoût). Vous pouvez éventuellement leur faire remarquer mais d’une manière subtile, voici tout l’art de vivre avec quelqu’un qui souffre de ce TOC, en imitant la personne de manière bienveillante et douce par exemple (se gratter au même endroit en la regardant et en souriant), ou en posant une main attentionnée et compréhensive sur la main qui gratte, sans rien dire et sans jugement… Il faut comprendre que le geste est impulsif et ritualisé, donc la plupart du temps, la personne dermatillomane ne se rend même pas compte qu’elle se gratte (surtout dans les activités sédentaires : conduire, au téléphone, lire, sur l’ordinateur, au cinéma, en parlant, dans son lit, devant la télévision…). Les crises les plus aiguës sont dans la salle de bain, lorsqu’ils sont (très près) devant le miroir, qu’il est tard, que la porte est fermée à clé et que personne ne peut les déranger. Ils n’ont prévu de se triturer qu’un bref moment, histoire d’enlever les impuretés de la journée, malheureusement c’est autre chose qui se produira. L’impulsion va l’emporter, l’état de transe et de semi-conscience va commencer, et la crise risque de durer plusieurs heures. La personne en sortira sonnée, comme sortant d’un sommeil éveillé, ne pouvant que constater les dégâts infligés à son corps pendant tout ce temps, s’en vouloir, être démaralisée et parfois pleurer de honte. Elle s’est triturée pour enlever les impuretés et être moins moche, et elle en sort encore plus moche.

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